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Épargne

Assurance-vie avant 70 ans : quel abattement pour les bénéficiaires ?

Par · · 7 min
Personne examinant des documents d’assurance-vie à une table de cuisine

Un contrat d’assurance-vie n’a pas la même fiscalité selon que les sommes ont été versées avant ou après les 70 ans du souscripteur. Beaucoup savent qu’il existe une différence, sans connaître précisément ce qui change, ni surtout ce qui reste identique des deux côtés de cette date.

En bref : pour les primes versées avant 70 ans, chaque bénéficiaire profite d’un abattement de 152 500 euros, puis d’une taxation de 20 % jusqu’à 700 000 euros et de 31,25 % au-delà. Après 70 ans, l’abattement tombe à 30 500 euros, mais il ne porte que sur les primes versées : les gains générés par ces mêmes primes, intérêts et plus-values, restent totalement exonérés, sans plafond. Un contrat souscrit avant le 20 novembre 1991 échappe même à cette limite d’âge pour les versements antérieurs au 13 octobre 1998.

Que change exactement le passage de 70 ans ?

SituationCe qui est taxéAbattementTaux au-delà
Primes versées avant 70 ansLe capital transmis dans son ensemble152 500 € par bénéficiaire20 % jusqu’à 700 000 €, puis 31,25 %
Primes versées après 70 ansLes primes seules, pas les gains qu’elles ont produits30 500 € au total, tous bénéficiaires et contrats confondusDroits de succession classiques, selon le lien de parenté
Conjoint ou partenaire de Pacs bénéficiaireRienExonération totale0 %, quel que soit le montant ou l’âge des versements

La différence la plus commentée porte sur le montant de l’abattement, 152 500 euros d’un côté, 30 500 euros de l’autre. Mais elle cache un point plus important : l’abattement d’avant 70 ans s’applique par bénéficiaire, à chaque personne désignée, tandis que celui d’après 70 ans se partage entre tous, sur tous les contrats du même assuré réunis. Avec trois bénéficiaires, cela change tout.

Les gains sont-ils vraiment taxés après 70 ans ?

Non, et c’est le point le moins connu du dispositif. L’administration fiscale le précise noir sur blanc : seules les primes versées après 70 ans entrent dans la base taxable. Les intérêts, les attributions et les participations aux bénéfices que ces primes ont produits en restent exclus, sans aucune limite de montant.

Concrètement, un versement de 50 000 euros fait à 72 ans, qui a fructifié pendant quinze ans pour atteindre 90 000 euros au décès, n’est imposable qu’à hauteur des 50 000 euros de départ. Les 40 000 euros de gains échappent entièrement aux droits de succession. C’est cette règle qui explique pourquoi continuer à verser sur un contrat après 70 ans garde un intérêt réel, à condition de ne pas attendre les tout derniers mois pour le faire fructifier.

Quelle date compte vraiment pour le versement ?

La règle se fonde sur l’âge du souscripteur au moment où chaque prime est versée, pas sur l’âge qu’il avait à l’ouverture du contrat. Un contrat ouvert à 60 ans peut ainsi porter des versements taxés selon deux régimes différents : ceux faits avant le 70e anniversaire suivent l’abattement de 152 500 euros, ceux faits après basculent sur celui de 30 500 euros. Le contrat ne change pas de nature, seule la date de chaque versement compte.

Un cas particulier mérite d’être connu, car il concerne des contrats plus anciens que ce que la plupart des articles évoquent. Pour un contrat souscrit avant le 20 novembre 1991 et n’ayant pas subi de modification substantielle depuis, la limite d’âge de 70 ans ne s’applique pas du tout : ce sont les versements effectués avant le 13 octobre 1998 qui échappent purement et simplement à toute taxation, quel que soit l’âge du souscripteur ce jour-là.

Comment ça se calcule quand un contrat mélange les deux régimes ? Un exemple chiffré

Prenons un souscripteur qui a versé 100 000 euros avant ses 70 ans et 60 000 euros après, ces derniers ayant produit 15 000 euros de gains au moment du décès. Il désigne deux bénéficiaires à parts égales.

Sur la part versée avant 70 ans, chaque bénéficiaire reçoit 50 000 euros, un montant qui reste sous son abattement individuel de 152 500 euros : cette part n’est donc taxée pour personne. Sur la part versée après 70 ans, seules les primes comptent, pas les 15 000 euros de gains qui restent hors du champ de l’impôt. La base de 60 000 euros de primes est réduite de l’abattement global de 30 500 euros, partagé entre les deux bénéficiaires, ce qui laisse 29 500 euros. Ce solde entre alors dans l’assiette des droits de succession classiques, calculés selon le barème et le lien de parenté avec le défunt, et réparti entre les deux bénéficiaires au prorata de ce qu’ils reçoivent sur cette part.

Dans cet exemple, l’essentiel du capital transmis, 100 000 euros sur 175 000, échappe entièrement à toute taxation grâce à l’abattement d’avant 70 ans, tandis que la part versée après 70 ans supporte une fiscalité sur une base réduite à 29 500 euros seulement, les gains générés restant, eux, définitivement hors de portée de l’impôt.

Faut-il encore verser sur son contrat après 70 ans ?

La question se pose souvent au moment où l’abattement le plus large, celui de 152 500 euros, n’est plus accessible. Elle mérite d’être posée autrement : ce n’est pas parce que l’abattement se réduit que le placement perd tout son intérêt.

Puisque seuls les gains restent hors du champ de la taxation, un versement fait à 71 ou 75 ans conserve un avantage réel s’il dispose du temps de fructifier avant le décès. À l’inverse, un versement fait dans les derniers mois d’une vie n’a pas eu le temps de produire des gains significatifs : il reste alors presque intégralement soumis aux droits de succession, une fois l’abattement de 30 500 euros dépassé.

La décision dépend donc moins de l’âge en lui-même que de l’horizon de temps restant, et du nombre de bénéficiaires entre qui l’abattement global devra se répartir.

Questions fréquentes

Comment calculer les droits sur une assurance-vie avec des versements avant et après 70 ans ?

Les deux régimes se calculent séparément, puis s’additionnent. La part correspondant aux versements d’avant 70 ans suit l’abattement de 152 500 euros et le taux de 20 % ou 31,25 %. La part des versements d’après 70 ans suit l’abattement global de 30 500 euros, réparti entre les bénéficiaires, puis les droits de succession classiques sur le solde des primes, gains exclus.

Un arbitrage entre supports à l’intérieur du contrat compte-t-il comme un nouveau versement ?

Non. Un arbitrage déplace de l’argent déjà présent dans le contrat d’un support à un autre, il ne constitue pas une prime nouvelle. La date qui compte reste celle du versement initial, même si les fonds ont depuis changé de support plusieurs fois.

Le conjoint survivant doit-il se soucier de la date des 70 ans ?

Non, et c’est un point qui rassure beaucoup de foyers : l’exonération totale dont bénéficie le conjoint survivant ou le partenaire de Pacs s’applique quel que soit l’âge auquel les versements ont été effectués, avant comme après 70 ans.

Le PER assurantiel suit-il la même règle que l’assurance-vie ?

Non. Sur un plan d’épargne retraite assurantiel, l’intégralité des sommes versées après 70 ans entre dans la base taxable, y compris les gains. C’est une différence importante avec l’assurance-vie classique, où seules les primes sont concernées.

Que se passe-t-il si le contrat a été ouvert avant 1991 ?

Un contrat souscrit avant le 20 novembre 1991, sans modification substantielle depuis, échappe à la limite d’âge de 70 ans. Seule compte alors la date du versement par rapport au 13 octobre 1998 : les primes versées avant cette date restent hors du champ de la taxation.

Sources

Sources consultées le 10 septembre 2026. Informations vérifiées à cette date ; des évolutions ultérieures sont possibles. Vérifiez auprès de la source officielle.

  • bofip.impots.gouv.fr/bofip/1335-PGP.html (BOI-TCAS-AUT-60, article 990 I du CGI)
  • bofip.impots.gouv.fr/bofip/3456-PGP.html (BOI-ENR-DMTG-10-10-20-20, article 757 B du CGI)
  • www.impots.gouv.fr/international-particulier/questions/je-suis-beneficiaire-dune-assurance-vie-comment-sont-imposees
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